Faire face au changement : la place de l’accompagnement
L’actualité économique dans ses bouleversements planétaires, les profonds changements au sein des organisations du travail, l’hypertrophie de la communication, l’entrée massive des technologies avec leurs nouvelles langues triomphantes, l’apologie du scientisme, demande à chacun de revisiter ses bases, comme une astreinte à consolider ses fondations, comme garant « d’une bâtisse » à laquelle se référer.
Ce devra être le point de carrefour d’une circulation présente et à venir.
Dans le malaise ambiant, ce mal être traversant notre subjectivité, nous faisons le pari « du sujet parlant », inscrit dans son histoire, dans une suite d’actes qui lui sont propres, qu’il partage avec un ensemble auquel il est lié, ne serait ce que par des processus d’identification.
Il n’y a pas d’immuabilité d’histoire, « le monde change, il faut changer avec lui ».
Les deux aspects de ce changement, « ces dégâts, » et leur continuum, « savoir passer ».
Peut être apprendre à perdre, pour laisser place à la création, à « la trouvaille ».
Penser ce « passage », c’est permettre à chacun de s’engager sur son propre risque, c’est-à-dire, dans ce qui le concerne suffisamment pour qu’il en fasse son propre chemin.
Ces temps d’accompagnement, sont des temps d’écoute, d’élaboration, de prise de risques, de construction de devenirs.
Mais c’est aussi de “réouvrir” les questions, là où souvent règne le silence, l’abandon ou l’acceptation comme l’effet d’un impossible.
Permettre pour chacun, d’élaborer des points d’appui symbolique.
«Il ne s’agit pas tant que l’autre atteigne un but mais qu’il l’atteigne à sa façon et cette façon ne peut être que singulière, elle ne peut se prédire, elle s’invente au fur et à mesure, elle prend forme en se formant »
(Beauvais, M 2004 Des principes éthiques pour une philosophie de l’accompagnement)
L’accompagnant n’a ni un rôle d’expert, ni un rôle de guide, ni un rôle de conseiller. Il n’est pas là pour dire ce qu’il faut faire ni comment il faut le faire, même si c’est parce qu’il a ce « regard préalable dans ce qui est encore à être et à se produire qu’il peut aider l’autre à se construire.
Pour porter ce regard unique sur l’autre en devenir et en retour se faire simple miroir, lui permettant de se deviner, de s’inventer et de se projeter, il convient de se placer à une juste distance.
Cette même distance, qui dans toute relation que l’on veut de « confiance » permet de se «comprendre » sans toutefois se « confondre ».
Il ne s’agit pas de distance vraie ou exacte mais de distance « ajustée», c’est-à-dire pensée, questionnée, évaluée et ré-ajustée en permanence au regard du contexte relationnel et institutionnel, du chemin qui se construit et du projet qui se dessine.
Nous réserver, nous abstenir, nous contenir, nous « retenir », se retenir c’est laisser davantage d’espace et de temps à soi et à l’autre pour penser, pour douter, pour essayer et pour que peu à peu, l’autre construise son chemin, invente son œuvre (qui) ne peut naître que « dans un creux retenu » (Michel Serres, 1991).
C’est à l’accompagnant qu’il revient de veiller à ce « creux », de toujours laisser une place à l’inattendu, à l’imprévisible, pour qu’enfin puisse naître du nouveau. » (Beauvais, M 2004 Des principes éthiques pour une philosophie de l’accompagnement.
Accompagner la question de l’énigme d’autrui : laisser cheminer le lien : c’est-à-dire essentiellement ne pas donner réponse qui étoufferait la question.
Accompagner, c’est permettre que cette question concernant celui qui accompagne, soit soulevée parce qu’elle fait problème et que la personne prise en charge voudrait la mettre au travail, dans une tentative d’élucidation qui relève d’un travail essentiel de la pensée.
Il faut pouvoir et savoir rester dans une ambiguïté suffisante, proposer de l’indécidable, afin qu’une élaboration soit possible du côté de la personne.
Il n’est pas là pour dire ce qu’il sait, même si ce qu’il sait, contribue à le légitimer.

